Le pétrole de l’Alberta n’a plus seulement les yeux tournés vers le sud. Il regarde maintenant vers l’ouest — et même bien au-delà.
Depuis que l’oléoduc Trans Mountain a vu sa capacité triplée en mai 2024, le Canada joue dans la cour internationale comme jamais auparavant. Et c’est la Chine qui est montée sur le podium, sans prévenir personne.
On pourrait presque imaginer un diplomate chinois lever un sourcil amusé devant cette situation inattendue. Après tout, la Chine a longtemps puisé son énergie dans les réserves russes, moins coûteuses. Mais les sanctions américaines ont brouillé les pistes habituelles.
Et voilà que le pétrole canadien, autrefois cantonné aux États-Unis, devient soudainement une option attrayante. Comme le dit Philippe Rheault, spécialiste des relations sino-canadiennes à l’Université de l’Alberta : La Chine aime bien avoir plusieurs options dans sa poche.
Les données parlent clair. En juin 2024, le Canada envoyait quotidiennement 207 000 barils vers la Chine via Trans Mountain. C’est plus qu’une simple transaction occasionnelle : c’est carrément une rupture avec les habitudes. Pour vous donner une idée, en 2023, ce volume était inférieur à 7 000 barils par jour.
Cela veut dire que la Chine est passée de spectateur occasionnel à premier client du pipeline. Ce que personne n’avait vu venir.
L’expansion de Trans Mountain aura coûté 34 milliards de dollars, une somme astronomique. À l’époque, on se demandait si cela en valait vraiment la peine. Aujourd’hui, force est de constater que oui.
Grâce à lui, le Canada peut exporter vers l’Asie depuis le port de Vancouver. Le terminal maritime Westridge, point de départ des cargaisons, est devenu un carrefour stratégique.
Pourquoi la Chine achète-t-elle davantage de pétrole canadien alors que le russe est moins cher ? Parce que la confiance, ces derniers temps, vaut plus que quelques dollars économisés.
Beaucoup de raffineries chinoises ont pris conscience qu’utiliser du pétrole en provenance de pays sous sanctions pouvait leur attirer des ennuis. Alors elles font machine arrière. Elles abandonnent le Venezuela, évitent certains flux russes, et optent pour des sources plus « neutres ». Le Canada entre donc en jeu, comme une solution de repli prudente.
Trans Mountain fonctionne déjà à 77 % de sa capacité. Les prévisions annoncent qu’il atteindra 92 % d’ici 2027. Et là, surprise : il pourrait encore grossir.
La société qui gère l’oléoduc étudie des projets d’extension permettant de transporter 200 000 à 300 000 barils supplémentaires par jour. Selon Skip York, expert en stratégie énergétique, la majeure partie de ce surplus serait destinée à l’Asie, où la demande reste solide.
Il y a un an, personne ne voyait venir ce bouleversement. Aujourd’hui, le Canada fait face à une réalité inédite : il peut vendre son pétrole bien au-delà de ses frontières. Et la Chine, alliée inattendue, joue un rôle central dans cette transformation.
Le Canada sort peu à peu de sa position de fournisseur discret. Grâce à Trans Mountain, il est entré dans le jeu mondial, non pas en force, mais avec subtilité.
Et si la Chine continue à ouvrir ses carnets de commandes, Ottawa pourrait bien avoir trouvé une porte de sortie stratégique. Pas mal pour un pays qui, jusqu’à récemment, envoyait 90 % de sa production dans un seul pays.
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