défense, les programmes des candidats à la loupe


Il se dit souvent qu’une élection ne se gagne pas sur les enjeux de politique étrangère et de défense, mais plutôt sur les questions économiques ou la sécurité. Lors de l’élection présidentielle de 2017, la défense avait été reléguée au second plan du débat politique. Pourtant, l’armée française était, depuis quatre ans, engagée dans une intervention au Mali et mobilisée sur le territoire national contre le terrorisme islamiste, avec l’opération Sentinelle.

→ ANALYSE. Présidentielle 2022 : comment la sécurité s’invite dans les programmes

Le 24 février 2022, l’invasion de l’Ukraine par les forces russes a surgi dans la campagne électorale, bousculant les candidats sur leurs programmes ou leurs positions vis-à-vis de la Russie. Peu sensibilisés à la possibilité d’un conflit de haute intensité en Europe, les Français ont aussitôt placé l’enjeu de la guerre en Ukraine au deuxième rang de leurs préoccupations comptant le plus dans le choix de leur vote de premier tour, derrière le pouvoir d’achat (1).

« La dissuasion, c’est moi ! »

Si l’inquiétude des électeurs a faibli par la suite, la pression n’est pas retombée sur les candidats, appelés à donner leur vision d’un sujet qualifié de « domaine réservé », sur lequel l’usage reconnaît la prééminence du président de la République. La Constitution de 1958 lui attribue ainsi un rôle primordial : « Il est le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect des traités » (article 5), « est le chef des armées » et « préside les conseils et les comités supérieurs de la défense nationale » (article 15).

C’est pourquoi les prétendants à l’Élysée doivent se prononcer sur deux questions majeures qui conditionnent la souveraineté et l’indépendance de la France : le maintien de la dissuasion nucléaire, clé de voûte de la stratégie de défense nationale ; et l’appartenance à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (Otan), qui assure la défense collective de 30 pays d’Amérique du Nord et d’Europe. « La dissuasion, c’est moi ! », avait lancé François Mitterrand à propos du « feu nucléaire ». Le président socialiste assumait une continuité avec le général de Gaulle, permettant un consensus durable entre la gauche et la droite sur ce pilier historique.

En 2022, la dissuasion n’est pas un sujet de grande fracture idéologique, mais certains candidats de gauche s’interrogent sur la doctrine. Alors que la France possède 290 ogives nucléaires, selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), l’écologiste Yannick Jadot, le communiste Fabien Roussel et l’insoumis Jean-Luc Mélenchon font du désarmement nucléaire multilatéral une priorité. À condition de ne pas « désarmer les premiers », tempère ce dernier qui, sans renoncer à un arsenal en l’absence d’alternatives militaires, prône une refonte radicale de la dissuasion, « maintenant que l’on sait que la guerre peut avoir lieu et aura lieu d’abord depuis l’espace ».

Sortir ou pas de l’Otan

Autre question cruciale : l’Otan. L’invasion russe a remis au premier plan son rôle de « parapluie » mais a ravivé les divergences sur la relation avec les États-Unis, abîmée par la crise « des sous-marins australiens » et la nouvelle alliance militaire entre l’Australie, le Royaume-Uni et les États-Unis (Aukus), en 2021. Deux ans plus tôt, le président de la République jugeait l’Otan en état de « mort cérébrale », en raison du désengagement américain.