Dans la ville de Kalogi, nichée au sud du Kordofan soudanais, les cris des enfants ont laissé place à un silence funèbre. Une série de frappes aériennes, attribuées à des forces paramilitaires, a dévasté une école maternelle et un hôpital, faisant des dizaines de victimes parmi les plus vulnérables. Alors que les combats entre l’armée régulière et les Forces de soutien rapide (FSR) s’intensifient, les civils paient le prix le plus lourd d’un conflit qui semble s’enfoncer dans une spirale sans fin.
Une attaque qui choque la communauté internationale
Les frappes, survenues jeudi dernier, ont touché en plein cœur les infrastructures civiles de Kalogi, une localité stratégique tenue par l’armée soudanaise. Selon Essam al-Din al-Sayed, responsable administratif de la région, les attaques ont visé successivement une école accueillant de jeunes enfants, un centre médical de premier recours, puis les habitants qui tentaient de porter secours aux victimes.
L’ampleur du drame a varié selon les sources : les autorités locales parlent de 79 morts, dont 43 enfants, tandis que l’Union africaine évoque un bilan encore plus lourd, dépassant la centaine de victimes. L’UNICEF, quant à elle, a confirmé la mort de plus d’une dizaine d’enfants âgés de 5 à 7 ans. « Tuer des enfants dans leur école n’est pas seulement un crime de guerre, c’est une trahison de l’humanité », a dénoncé Sheldon Yett, représentant de l’agence onusienne au Soudan.
Un front en mouvement : pourquoi le Kordofan est-il si stratégique ?
La région du Kordofan, longtemps considérée comme un bastion de l’armée soudanaise, est devenue le nouveau théâtre d’une guerre de position brutale. Après la chute d’El-Facher au Darfour en octobre, les FSR ont redirigé leur offensive vers cette zone rurale riche en ressources — or, pétrole, terres cultivables — et cruciale pour les lignes logistiques vers le centre du pays, notamment Khartoum.
Des analystes militaires soulignent que la prise du Kordofan permettrait aux FSR de percer le « bouclier défensif » de l’armée autour de la capitale. Cette pression sur le terrain explique en partie l’escalade récente, marquée par des tactiques de plus en plus meurtrières, y compris contre les civils.
Une crise humanitaire qui s’aggrave
Plus de 40 000 personnes ont fui le Kordofan ces dernières semaines, venant s’ajouter aux 12 millions de déplacés que compte déjà le Soudan — un chiffre qui en fait le théâtre de la pire crise humanitaire au monde, selon l’ONU.
L’accès à l’aide est de plus en plus compromis. Jeudi, un camion du Programme alimentaire mondial (PAM) a été attaqué près de Hamra El-Sheih, alors qu’il transportait des vivres vers Tawila, une ville-refuge où des milliers de rescapés d’El-Facher ont trouvé refuge. Ces actes entravent non seulement la survie des civils, mais aussi les efforts de médiation internationale, jusqu’ici vains.
Des allégations et des responsabilités floues
Les FSR n’ont pas réagi officiellement aux accusations concernant les frappes de Kalogi. L’armée, de son côté, continue d’accuser les Émirats arabes unis de soutenir logistiquement et militairement les paramilitaires, notamment via des livraisons d’armes transitant par le Tchad et la Libye. Bien qu’Abu Dhabi démente, plusieurs rapports indépendants, dont ceux d’experts de l’ONU, corroborent ces allégations.
Pendant ce temps, les deux camps se renvoient la responsabilité d’attaques contre des convois humanitaires, compliquant davantage la vérification des faits sur le terrain. Dans un contexte de blackout médiatique et de défaillance des réseaux de communication, les témoignages de survivants restent souvent la seule source d’information fiable.
Appels à une trêve qui résonnent dans le vide
Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, a récemment mis en garde contre « une nouvelle vague d’atrocités », rappelant les massacres d’El-Facher. L’envoyé spécial des États-Unis, Massad Boulos, a appelé samedi à un cessez-le-feu immédiat et à un accès humanitaire sans restriction.
Mais tant que les deux parties croient en une victoire militaire possible, les efforts diplomatiques risquent de rester lettre morte. Pour les habitants de Kalogi, comme pour des millions de Soudanais, l’espoir d’une paix durable semble s’éloigner à chaque bombe qui tombe.