Mardi dernier, les Groenlandais étaient appelés aux urnes pour des élections législatives cruciales. Au cœur des discussions ? L’indépendance. Une question qui divise autant qu’elle rassemble dans ce territoire arctique de 57 000 âmes.
Un objectif partagé, mais quand ?
Tous les partis semblent d’accord sur un point : l’indépendance est inévitable. Mais le calendrier fait débat. Certains, comme le parti nationaliste Naleraq, veulent accélérer les choses. « On peut imaginer que cela se fera dans un ou deux cycles électoraux », explique Juno Berthelsen, candidat emblématique de Naleraq. Pourtant, tout dépendra des négociations avec le Danemark, qui conserve encore les rênes des affaires étrangères et de la défense.
D’autres formations, comme Inuit Ataqatigiit (IA) ou Siumut, sont plus prudentes. Elles insistent sur la nécessité de renforcer l’économie locale avant de couper les ponts. Actuellement, Copenhague verse chaque année environ 530 millions d’euros, soit près d’un cinquième du PIB groenlandais. « L’indépendance est un objectif, mais cela prendra probablement 10, 20 ans ou plus », estime Aaja Chemnitz, membre d’IA.
Des rêves d’indépendance, mais des réalités difficiles
Dans les rues venteuses de Nuuk, la capitale, les avis divergent. Peter Jensen, un entrepreneur local, résume bien le sentiment ambivalent : « Nous voulons être indépendants, car nous sommes souvent traités comme des citoyens de seconde zone. Mais les subventions danoises nous maintiennent dans une sorte de prison. »
L’exploitation minière pourrait offrir une solution économique, mais elle reste embryonnaire. Ole Moeller, cadre dans une entreprise de transport, souligne un autre problème : « Nous devons d’abord penser à notre autosuffisance alimentaire et énergétique. Tout ce que nous consommons vient de l’étranger, et avec les crises actuelles, c’est risqué. »
Un territoire en transition
Les grues qui dominent Nuuk symbolisent une modernisation rapide, mais aussi ses failles. Beaucoup d’habitants, majoritairement inuits, voient leurs traditions chasseresses et pêcheuses menacées. La pauvreté sociale est criante : un taux de suicide alarmant, une espérance de vie inférieure à 70 ans chez les hommes, et des inégalités persistantes.
Malgré tout, l’envie d’indépendance demeure forte. Reste à savoir si le Groenland choisira la voie rapide ou préférera avancer prudemment. Une chose est sûre : les prochains mois seront décisifs pour l’avenir de cette île glacée, mais stratégiquement convoitée.
