Un allié d’Erdogan exige le désarmement total
Dimanche 3 mars, Devlet Bahceli, dirigeant du parti ultranationaliste MHP et pilier de la coalition gouvernementale turque, a lancé un ultimatum au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et à ses affiliés : « Déposez les armes immédiatement et sans conditions ». Cette déclaration intervient une semaine après l’appel surprise d’Abdullah Öcalan, fondateur emprisonné du PKK, demandant la dissolution de son organisation après près de 40 ans de guérilla.
Le PKK accepte, mais avec des réserves
Le PKK a officiellement approuvé le 1er mars la proposition de son leader historique, détenu depuis 1999, annonçant un cessez-le-feu unilatéral. « Aucune de nos forces ne lancera d’offensive, sauf en cas d’aggression », a-t-il précisé. Toutefois, Bahceli a dénoncé les « tentatives d’échapper à cette logique » de la part des YPG, la branche syrienne du PKK intégrée aux Forces démocratiques syriennes (FDS). Ces dernières, saluant l’initiative d’Öcalan, avaient déjà exclu toute dissolution de leurs rangs. « Une telle position est incohérente avec l’esprit du processus », a tranché Bahceli.
Les tensions persistent avec les alliés syriens
La question des YPG cristallise les tensions. Considérées comme « terroristes » par Ankara, ces unités kurdes ont été des partenaires clés des États-Unis dans la lutte contre l’État islamique en Syrie. Leur statut ambigu complique les efforts de paix turcs. « Le PKK ne peut pas dissoudre son noyau tout en maintenant des relais armés à l’étranger », a insisté Bahceli, soulignant l’importance d’une « rupture totale » avec la violence.
Un processus de paix fragile
Depuis octobre, Bahceli orchestre un dialogue inédit entre Ankara et le PKK, qualifié par Erdogan de « fenêtre historique ». Pourtant, les scepticisme demeure. Le conflit a déjà fait plus de 40 000 morts depuis 1984, et les précédentes tentatives de paix ont échoué. La société civile kurde réclame des garanties concrètes, comme la libération de prisonniers ou la levée des interdictions politiques.
Vers une transition ou une impasse ?
L’annonce d’Öcalan, bien que symbolique, marque un tournant. Mais sans gestes tangibles de la part du gouvernement turc – comme une amnistie ou une réforme constitutionnelle –, le risque de rechute dans la violence reste élevé. « Les déclarations sont une chose, les actes en sont une autre », rappelle un analyste basé à Ankara. Le PKK, affaibli mais toujours influent, joue désormais une partie risquée : dissoudre son organisation sans perdre son influence politique.
La suite des événements dépendra de la capacité des deux camps à transformer les mots en réalité.
